Un thé avec

Un thé avec Jean-Jacques FASQUEL

Chez kippit, ce qu’on veut, c’est changer le monde en commençant par l’électroménager. On est aussi persuadé que c’est par les actions et les engagements qu’on pourra faire évoluer le monde vers quelque chose de plus désirable !

Et c’est pour ça qu’on a eu envie d’inviter des citoyens qui, à titre professionnel ou personnel, s’engagent dans plein de domaines différents. L’idée c’est que ces invités nous racontent et nous expliquent leurs engagements et pourquoi ils se sont lancés.

Aujourd’hui, retrouvez Jean-Jacques FASQUEL, notre premier invité et le premier à venir ici, dans les nouveaux locaux de kippit, qu’on a voulu ouverts. Ils sont donc au rez de chaussée. On entendra peut-être quelques voitures passées, mais ça donne la possibilité aux Kippers de venir nous rencontrer le plus facilement possible !

fasquel portrait kippit thé avec Kareen MAYA LEVY

PEUX-TU TE PRÉSENTER ?

Je suis Jean-Jacques FASQUEL, j’ai trois activités :

  • La première sur une marque Compostory: je suis maître composteur. J’accompagne les collectivités territoriales, les bailleurs et les entreprises dans la gestion de proximité de biodéchets.
  • La deuxième activité, sous la marque Jardin the City. L’idée c’est de créer des jardins partagés, à l’instar de celui que j’ai lancé dans mon immeuble il y a plus de dix ans maintenant.
  • La dernière activité, c’est de produire du contenu rédactionnel, pour des médias ou des entreprises.

Et puis, j’ai écrit deux bouquins : Composter en ville chez Rustica et Carnets de Wwoofing chez Terre Vivante.

QUEL A ÉTÉ LE DÉCLIC DE TON ENGAGEMENT ?

Le déclic, c’est des lectures et notamment en 2005. À l’époque, j’étais directeur de Bercy Village et je lis un article sur le pic pétrolier qui m’a ébranlé dans mes certitudes. Ensuite, j’ai lu des choses sur l’empreinte écologique et le réchauffement climatique, dont on parle beaucoup aujourd’hui, mais qui, à l’époque, était une notion peu connue. Et tout ça, ça a fait un petit morceau du puzzle qui se sont assemblés. Ça a fait sens et j’ai compris que l’équation qu’on me demandait depuis des années ne pouvait pas fonctionner.  J’ai donc revu ma vie personnelle et professionnelle au regard du nouveau paradigme qui s’est ouvert à moi !

J’ai tout changé : mon alimentation, mon fournisseur d’énergie, ma banque et mon métier assez rapidement.

QUELLE EST TA PLUS BELLE RÉUSSITE ?

Alors ma plus belle réussite c’est mes deux enfants !

Mais sinon, ma plus grande réussite, c’est sûrement d’avoir lancé le premier site de compostage partagé dans mon immeuble, dans la capitale. Parce que ça a été le premier site de ce type à Paris et donc ça a généré beaucoup de retombées de médias et qui a donné aussi envie à d’autres personnes de le faire.

C’est ce qui m’a aussi donné envie de changer de métier, tout simplement !

Kareen : Est-ce quantifiable ?

Ça a un impact dans le sens où, parce que ça ne s’était jamais fait, il y a des gens qui s’interdisait de le faire ou même d’y penser. J’ai reçu beaucoup de gens, y compris d’élus. Et même à l’époque, la Ville de Paris n’avait pas de plan compost et donc l’élu aux déchets de l’époque était venus visiter. Et je pense qu’il y a vu la lumière, après cette visite, parce qu’entre l’idée et la réalisation, on voit que c’est possible !

J’aime bien cette phrase de Mark TWAIN ” ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait “.

Moi, je me la suis appliquée puisque ce projet, j’avais une idée comme ça du compostage, sans savoir si ça pouvait se faire à grande échelle, même si je m’étais quand même enrichi de l’expérience dans d’autres régions. Mais voilà, il faut oser !

Dans l’absolu, il n’y a pas de limite puisque quand on voit qu’un tiers de notre poubelle est composé de biodéchets. Il y a vraiment du volume de matière à traiter. D’autant que la loi au premier janvier 2024 : il y a l’obligation pour toutes les collectivités de mettre une solution de tri sélectif de biodéchets au service des citoyens. Donc, il n’y a pas vraiment de limites …

Aujourd’hui, les villes sont en train de réfléchir à comment elles peuvent le faire. Ça peut être de la collecte en porte à porte, comme ce qui a été testé déjà dans le 2ᵉ, 12ᵉ et 19ᵉ arrondissement de Paris. Ça peut être des points d’apport volontaire, comme c’est le cas à Paris en ce moment, dans les marchés.

Il y a différentes façons de le faire, tout en sachant que le compostage de proximité, qui a été la première chose qui s’est développée à Paris, est toujours plus intéressant. Parce que si les gens traitent eux-mêmes leurs déchets, ils ont un rapport déchet qui est complètement différent. Pour eux, ce n’est plus un déchet, mais plutôt une ressource. Donc, il y a un enthousiasme et des valeurs associées aux gestes qui sont beaucoup plus importantes que si on abandonne son déchet à la collectivité qui vient le ramasser.

EN QUOI CET ENGAGEMENT EST-IL IMPORTANT ?

Pour moi, il est important parce que je ne peux pas faire autrement. Une fois que j’ai compris que ça ne peut pas fonctionner comme on nous l’a vendu jusqu’ici, c’est viscéral, donc c’est important. Et puis, j’ai besoin d’avoir une cohérence personnelle, dans ce que je vis au quotidien.

J’ai besoin d’avoir une cohérence entre ce que je fais dans ma vie personnelle et dans ma vie professionnelle. C’est pour ça que j’ai trouvé un travail dans lequel j’ai une cohérence. Et puis je travaille aussi avec des gens qui partagent souvent les mêmes valeurs. C’est plutôt agréable.

QU’EST-CE QU’IL FAUDRAIT POUR QUE ÇA SE DÉVELOPPE ENCORE PLUS ?

Je pense qu’on peut élargir, parce que malheureusement, je crois qu’aujourd’hui les gens ne changent pas tout seul. La pédagogie a ses limites et que l’histoire nous a montré qu’une société ne change malheureusement que dans le chaos. Donc, j’espère qu’on va néanmoins trouver une motivation avant de percuter le mur.

Donc, oui, je pense qu’il faut quand même des obligations réglementaires pour faire changer les gens, les choses, plus rapidement que leur envie naturelle qui, bien sûr, n’est pas celle de faire des efforts. On est tous un petit peu fainéant.

Kareen : La pédagogie seule ne suffit pas …le partage, ça joue peut-être ?

Ma conviction, c’est que l’exemplarité est la meilleure façon de convaincre les gens. Donc, il ne faut pas être intégriste et imposer, en tout cas dans la vie, au quotidien. Quand on voit que quelqu’un effectivement a changé de façon de faire et qui est heureux dans sa réalisation, ça, ça peut convaincre beaucoup plus.

Mais néanmoins, je crois que malheureusement, ça ne suffit pas vu l’état d’urgence dans lequel on est.

LE PORTRAIT DE JEAN-JACQUES FASQUEL :

Est- ce qu’il y a un rêve que tu aimerais accomplir ?

Mon prochain rêve que je vais accomplir, c’est de faire le Transsibérien !

Parce que j’adore le train, c’est un peu une ode à la lenteur. Qu’il faut qu’on retrouve d’ailleurs. Puis j’ai une passion pour la civilisation et la langue Russe, que j’ai recommencé à étudier il y a 2-3 ans. Donc, mon prochain grand voyage c’est le Transsibérien.

Kareen : 3 mois, 6 mois ?

Peut-être pas … je ne pense pas que les visas, permettent de faire si long. Mais déjà, le Transsibérien en lui-même c’est 15 jours et il faut s’arrêter un peu en cours de route.

A quelle époque aurais-tu aimé vivre ?

Peut-être une petite nostalgie… il n’y a pas si longtemps d’ailleurs !

On avait le goût du bel ouvrage, on faisait des produits qui étaient avec des beaux matériaux, qui pouvaient se réparer. On le voit : on a tous dans nos armoires des objets comme ça, d’il y a 30 ou 40 ans (ce n’est pas si loin !), qui sont encore en parfait état ou qui peuvent se réparer facilement. C’est clair, ça n’est pas si loin !

C’est quoi ton humeur en ce moment ?

Alors, mon humeur : je suis un indécrottable optimiste ! Néanmoins, je suis quand même un peu désenchanté. J’ai l’impression d’avoir fait beaucoup d’efforts et de voir cette exemplarité-là.

Elle ne suffit pas. Donc voilà un petit peu désenchanté de voir que mes semblables ne percutent pas par rapport aux enjeux. On voit bien la COP 26 qui vient de se terminer et les décisions des politiques ne sont pas assez courageuse ni ambitieuses.

C’est évident que les gens, les citoyens, si on ne les force pas un petit peu : ils vont continuer business as usual.

Quel est ton livre (ou film) du moment ?

Un livre qui m’a beaucoup plu, que j’ai lu il y a très peu de temps, il s’appelle Dans la forêt de Jean Hegland.

C’est l’histoire de deux sœurs qui vont survivre à l’apocalypse des sociétés post pétrole et qui, du coup, vont redécouvrir le sens de la vie et notamment entre toutes les ressources qu’on peut avoir dans la forêt. Ça, c’est passionnant.

Est ce qu’il y a un engagé qui fait rêver ?

Alors moi, j’ai tendance à penser qu’il faut croire en soi plutôt qu’attendre le Messie.

J’ai été séduit par Sandrine Rousseau, qui est écologiste, féministe et anticapitaliste. Donc j’ai trouvé qu’elle avait une fraîcheur et un courage qui manque aux hommes politiques aujourd’hui.

Merci beaucoup !

Aucun produits dans votre panier.