La vérité sur l’obsolescence des lave-linge

C’est le produit électroménager qui tombe le plus souvent en panne. La baisse des prix entame la fiabilité des appareils et n’encourage pas à leur réparation.

D’après l’Ademe, agence publique pour l’environnement, nous jetons plus de 400 000 tonnes d’appareils électroménagers chaque année, soit l’équivalent de 6 millions de produits. Ce sont les lave-linge qui fournissent la plus grosse proportion de ces déchets. Ce sont aussi les appareils qui tombent le plus souvent en panne, d’après une étude du service d’assistance Home Serve.

 Coffres-forts inaccessibles »

Le cap des 10 ans paraît plus difficile à franchir aujourd’hui. Pourtant, la technologie de base est largement éprouvée. Les fabricants sont-ils vraiment attentifs au caractère durable de leur machine ? « La durée de vie d’un produit n’est pas un postulat de départ pour nous, avoue Simon Barbeau, PDG de Brandt, dernière marque à concevoir des lave-linge en France. Nous préférons nous concentrer sur l’innovation. »

Doit-on alors parler d’obsolescence programmée pour les lave-linge, c’est-à-dire l’ensemble des techniques qui viseraient à raccourcir délibérément la durée de vie des produits pour en augmenter le taux de renouvellement ? L’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP), qui a déjà porté plainte contre les imprimantes Epson et contre Apple, n’est pas arrivée à le démontrer pour des marques de lave-linge. Elle pose toutefois la question de « l’intentionnalité de “l’irréparabilité” »« Les machines à laver sont dans certains cas de vrais coffres-forts totalement inaccessibles », constate Laetitia Vasseur de l’association HOP, qui dénonce aussi le prix dissuasif de certaines pièces de rechange. Certaines cartes électroniques, outre le fait qu’elles sont très difficilement accessibles, peuvent coûter jusqu’à 200 euros quand le prix moyen d’un lave-linge en 2019 s’élève à 375 euros.

Le site Magarantie5ans.fr, qui a vendu 65 000 produits depuis 2012 et qui rend public son propre indice de fiabilité (lire ci-contre), préfère parler « d’obsolescence accélérée »« Le choix des matériaux est un critère essentiel pour juger de la fiabilité d’une machineconstate Benoît Delporte, cofondateur du site. En ayant recours au plastique pour alléger le produit, certains fabricants l’ont aussi rendu plus vulnérable. »

La bataille des prix des lave-linge, encouragée par les distributeurs, a conduit à une diminution continue des tarifs qui peut aussi expliquer la baisse de durée de vie d’un appareil. D’après l’institut GfK, la valeur moyenne d’un lave-linge a chuté de 21 % en moins de quinze ans, à 375 euros. Il n’est plus rare de trouver un appareil à moins de 180 euros. « La course aux prix bas a deux conséquences : les composants sont de moins bonne qualité et le moteur, moins puissant et moins résistant, suppose un entretien plus régulier », souligne Régis Koenig, le directeur des services de Darty. Surtout, à 129 euros le prix moyen d’une réparation, l’arbitrage du consommateur est vite fait.

Indice de réparabilité

L’ensemble des parties, ONG, associations de consommateurs, ministère de l’Environnement mais aussi les grandes marques, est tombé d’accord pour améliorer l’information lors de l’achat du lave-linge. Ma machine sera-t-elle facilement réparable ? C’est la question à laquelle personne ne peut vraiment répondre aujourd’hui. Régulièrement attaquées, les marques de lave-linge commencent à réagir. Alors que la loi Hamon les oblige à rendre disponible leurs pièces détachées pendant cinq à dix ans, certaines, comme Beko ou Miele, vont déjà au-delà des dix ans.

Depuis dix-huit mois, l’ensemble de la filière débat fébrilement de la mise en place d’un indice de réparabilité qui serait calculé notamment sur les critères d’accessibilité de la documentation technique, de durée de disponibilité des pièces détachées, de ratio entre le prix du produit et la moyenne de la pièce détachée la plus chère et enfin sur la « démontabilité » du produit. Un vrai casse-tête ! Combien d’étapes sont-elles nécessaires pour atteindre le cœur de l’appareil ? Faut-il en plus intégrer dans le calcul de cet indice un compteur d’usage, semblable au compteur kilométrique d’une voiture qui renseigne le consommateur sur la durabilité de son produit ? Le Sénat y est favorable et a voté pour une mise en route obligatoire du compteur en janvier 2022, s’attirant les foudres du lobby des industriels, qui réclament plus de temps. Et il n’est pas question pour eux de le rendre systématique, puisque cela se ferait à la seule échelle du marché français, la plupart des marques étant mondiales. A moins que la France ne décide de prendre de l’avance sur cette problématique.

Bientôt des modèles « incassables » ? La marque est prometteuse. En créant l’Increvable, un prototype de machine à laver promis pour durer vingt ans, ses concepteurs Julien Phedyaeff et Christophe Santerre n’imaginaient pas que les industriels seraient aussi frileux à les accompagner. Ils n’ont travaillé qu’avec des matériaux robustes, ont supprimé des pièces fragiles comme la membrane entre la cuve et la caisse et ont soigné l’accessibilité. Mais l’industrialisation tarde à venir, faute de partenaires. Ils recherchent 10 millions d’euros. « Nous avons fait un tour d’Europe, rencontré toutes les marques, tout le monde est intéressé mais personne ne saute le pas », confie Christophe Santerre. Un projet concurrent imaginé par kippit, pour un « électroménager qui ne se jette plus », pourrait bien leur damer le pion. Son lave-linge FRAVAL dispose déjà d’une « maquette fonctionnelle » et ses concepteurs promettent une mise sur le marché au premier semestre 2022. Auparavant, ils se seront fait la main sur une bouilloire entièrement démontable et réparable commercialisée dès janvier.

Le lave-linge FRAVAL de kippit, bientôt disponible

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