Le toulousain kippit relève le défi du made in France

L’entreprise, qui mise sur l’électroménager made in France, 100 % réparable, veut construire une usine en Ariège. Son fondateur partage les difficultés qu’il a rencontrées.

Stéphane Thépot
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Les 2 000 premiers clients séduits par les promesses de la bouilloire conçue par la jeune pousse toulousaine kippit ont dû faire preuve de patience. « Nous n’avons aucun stock », explique Jacques Ravinet, cofondateur de cette entreprise qui entend lutter contre l’obsolescence programmée en concevant de l’électroménager « durable », garanti « 100 % réparable » et « made in France ». Plusieurs exemplaires de la bouilloire JAREN, vendue 234 euros sur le site de l’entreprise et présentée avec ses différents accessoires (infuseur, chauffe-biberon, paniers vapeur, etc.), sont pourtant déjà arrivés au siège. Mais le lancement de la production en série de ce premier article au design épuré, très scandinave, avec sa cuve en Inox et les deux boutons vert amande, noirs ou blancs de son socle électrique, a été retardé par le confinement et les difficultés d’approvisionnement.

« Nous avons contacté 160 fabricants d’Inox et nous n’avons reçu que trois réponses », se souvient Jacques Ravinet. Plus aucun industriel français ne sait effectuer des soudures sur de l’Inox – laminé en Belgique – pour la double paroi et le bec verseur de sa bouilloire, fait remarquer le patron de kippit. Il a fini par trouver une entreprise en Isère qui travaille avec une machine laser. « Mais il a fallu faire des reprises à la main », raconte l’entrepreneur dans ses bureaux-ateliers de la rue Saint-Charles, où s’affairent une petite équipe de quatre salariés et une stagiaire. Au bout du compte, l’assemblage des différents composants a été sous-traité à une entreprise de Colomiers, filiale de l’YMCA, spécialisée dans l’insertion des travailleurs handicapés. Cette structure travaille aussi sur des petites séries pour l’aéronautique.

Des banques « trop frileuses ». Les problèmes d’industrialisation sont désormais résolus veut croire Jacques Ravinet, évoquant une production de 1 500 bouilloires par mois en vitesse de croisière. Le patron de kippit espère vendre 20 000 de ses modèles haut de gamme par an, sur un marché qui représente 2 millions d’exemplaires en France. Mais il ne cache pas que ces retards dans la commercialisation de son produit-phare ont provoqué un « trou d’air financier ». Une partie des 5 millions d’euros de l’augmentation de capital souscrite pour lancer le deuxième article, un grille-pain capable de faire des gaufres, des crêpes, de griller la viande et même de faire fondre le fromage à raclette, a été absorbée pour ne pas mettre prématurément la clé sous la porte. Le prototype sera présenté au prochain Salon du made in France, pour une commercialisation en 2023. Quant au lave-linge, le premier projet conçu par Jacques Ravinet, sur lequel il travaille depuis 2013, il ne sera pas disponible sur le marché avant 2025, mais sera lui aussi made in France.

L’entreprise envisage de construire une usine en Ariège pour assembler ces pièces d’électroménager XXL. L’investissement, estimé entre 4 et 6 millions d’euros, bénéficiera du soutien financier du département, de la région et du plan France Relance, lancé pour réindustrialiser le pays après le confinement. « Heureusement que nous avons reçu entre-temps le soutien financier des Kippers », se félicite Jacques Ravinet. Une centaine de particuliers enthousiastes ont en effet apporté 250 000 euros au projet via une société d’investissement. Un ballon d’oxygène bienvenu, alors que les banques demeurent « trop frileuses » au goût de l’entrepreneur. « Nous ne sommes pas une start-up, notre projet est purement industriel », affirme le patron de kippit.

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