Le lavoir du XXIe siècle : de l’utopie à la réalité avec kippit

Vers Les «jours heureux» de l’industrie !

L’atelier «France productive: le renouveau territorial par l’industrie» a analysé les conditions du maintien d’un tissu productif responsable et ancré sur son territoire. Pour illustrer ce travail, une publicité fictive sur une entreprise fabricante de machines à laver a été réalisée, le «Lavoir du XXIe siècle», dont la production engagée n’est peut-être plus si utopique que ça.

S’il est à considérer un bénéfice dans cette crise du Covid-19, le retour en grâce de l’industrie en constitue certainement un pour le développement de nos territoires. Les discours univoques sur le déclin industriel français depuis plusieurs années ont trop souvent étouffé les effets d’entraînement que ce secteur génère sur l’ensemble de l’économie en matière d’innovation, d’investissement, de retombées fiscales, d’emplois, etc.

Le mot des experts

Les experts, qui ont pu être associés à cette réflexion prospective au cours de différents entretiens, partagent cette même satisfaction et un regard résolument optimiste pour la suite. Un optimisme, néanmoins, qu’ils conditionnent tous à la mise en œuvre de politiques de développement vers des transitions nécessairement écologiques et qui misent sur de nouvelles formes de compétitivité, plus uniquement basées sur les prix. Ces échanges nous ont conduits à proposer une publicité fictive d’une entreprise fabricante de machines à laver. À travers le «Lavoir du XXIe siècle », l’intention est bien celle d’illustrer les conditions de transitions réussies. Cela permet de maintenir un tissu productif responsable et ancré sur son territoire.

Comme pour d’autres sujets, cette crise que nous traversons constitue un révélateur de nos fragilités et un accélérateur de changements. L’industrie dans son ensemble n’échappe pas à cette douloureuse prise de conscience. Mais ce choc aussi brutal qu’imprévu est aussi l’occasion de donner un sens nouveau à notre façon de produire. Tout comme le programme du Conseil national de la Résistance, «Les Jours heureux», avait en son temps façonné les grandes réformes économiques et sociales après la Libération.

Pour découvrir la vidéo du lavoir du XXIe siècle, cliquez-ici.

Un cap volontariste vers 2040

Pour maintenir un tissu productif en France et en Europe, les politiques industrielles se sont adaptées à partir de 2020. Comment ? en privilégiant des façons de faire et des produits plus responsables. S’écartant alors de la seule logique des coûts bas et des stratégies basées sur les volumes. Plutôt que de s’engager dans des politiques de relocalisation incertaine, les pouvoirs publics ont privilégié des politiques de réindustrialisation permettant d’accompagner pleinement le virage de la croissance verte. Ainsi le combat perdu d’avance sur les prix s’est déplacé vers une compétitivité écologique et responsable. Un compétitivité soucieuse de l’environnement et des personnes. Parmi les leviers d’action, l’instauration de taxes carbones aux frontières, la mise en place de règles plus contraignantes limitant les prises de contrôle de sociétés européennes par des entreprises tierces et l’élaboration d’une politique industrielle européenne ont favorisé l’émergence d’un tissu productif «heureux » en 2040 au sein d’une économie mondialisée.

Les savoir-faire locaux, un capital territorial pour ancrer les entreprises

À la suite des plans de relance liés à la crise sanitaire, les politiques publiques ont élargi l’éventail de leurs actions de développement local en déployant de nouveaux projets. De projets au-delà des actions d’aménagement du foncier économique, d’ores et déjà fragilisées par l’objectif ZAN (zéro artificialisation nette). Les collectivités locales ont mis en place de nouvelles formes de gouvernance plus «négociées» avec les entreprises cherchant à valoriser les ressources et la valeur ajoutée du territoire. Le soutien de nouveaux modèles économiques, promouvant les circuits courts et la réduction des intermédiaires, l’économie circulaire et celle de la fonctionnalité ont favorisé des retombées locales, diversifié les débouchés des producteurs locaux et amélioré les relations entre entreprises.

Les acteurs publics jouent également plus groupés, pour faciliter l’appropriation des dispositifs de développement économique par les entrepreneurs et connaître très finement leur tissu productif pour accélérer les redéployabilités. A la fois des savoir-faire des entreprises vers de nouveaux débouchés, mais également des salariés entre différents employeurs.

Industrie 4.0 : le sur-mesure au prix du standard

Un changement d’ère industrielle est à l’œuvre, et celle-ci permet de produire des biens uniques, spécialisés et répondant précisément aux attentes du client, à des prix comparables à des produits standardisés moyen de gamme. La recherche de solutions adaptées et personnalisées aux besoins de l’acheteur est ainsi au centre des process industriels. Les entreprises pour répondre à cette nouvelle façon de produire et de concevoir ont fortement adapté leur organisation. Les systèmes de plateformes interentreprises sont au cœur de leurs stratégies. Ces lieux d’échanges entre l’ensemble des acteurs mobilisés (R&D, design, production, vente, supply chain, services supports) proposent notamment des services de logiciels facilitant le partage d’informations ou encore des services de maintenance mutualisés répondant aux besoins spécifiques des clients.

Ces plateformes constituent également des lieux physiques. Elles conjuguent espaces de production, stockage et bureaux et facilitent les relations entre les différents intervenants du process de production. En accompagnant ces plateformes, les collectivités locales ont généré de la confiance entre les entreprises et facilité les échanges. Elles jouent ainsi un rôle essentiel dans l’émergence d’écosystèmes économiques locaux, dépassant largement les notions de filières. Ces nouvelles façons de faire ont des effets significatifs dans l’organisation spatiale des process de production en favorisant des unités de fabrication plus petites et mieux insérées dans le tissu urbain. Des lieux hybrides de stockage, d’habitat et de production apparaissent ainsi et modifient la façon de concevoir ces espaces. Cependant, il convient d’être extrêmement vigilant sur les questions logistiques, car la gestion des flux matériels joue un rôle central dans l’efficacité du système productif.

Une entreprise responsable, insérée dans son territoire

Pour répondre aux enjeux sociétaux, l’entreprise industrielle s’est reconstruite en plaçant les transitions organisationnelles et environnementales au cœur de sa stratégie. L’écoconception devenant alors centrale dans le développement du produit. Elle s’attache ainsi à fabriquer des biens durables et réparables. Au delà du recyclage, elle valorise les compétences de ses salariés et leur bien-être au travail. Le développement du sourcing local est également devenu une préoccupation importante pour diminuer l’empreinte environnementale. La transparence des actions de l’entreprise, y compris sur son processus de fabrication, constitue le socle permettant de développer une communauté de «consom’acteurs ». Les associer pleinement aux développements de nouveaux services annexes, diversifiant ainsi ses débouchés.

le lavoir du XXIe siècle : de l’utopie à la réalité

la société kippit

La fiction proposée autour du «Lavoir du XXIe siècle » entre en résonance avec une société bien réelle, kippit. Une société qui s’est engagée dans la conception et la fabrication de biens électroménagers. Notamment un lave-linge «Fraval », reprenant plusieurs des principes évoqués précédemment: production locale, lutte contre l’obsolescence programmée, écoconception et raccourcissement des circuits d’approvisionnement sont au cœur de sa stratégie. Pour cela, elle développe une machine constituée de «blocs» facilement remplaçables, standards et open source, pour garantir sa réparabilité. L’entreprise assure également une rétrocompatibilité de tous les développements ultérieurs, limitant d’autant plus l’obsolescence liée à l’apparition de nouveaux modèles.

Les kippers

Pour assurer son développement, elle s’appuie sur une communauté de consommateurs. Via un financement participatif initial, puis en leur ouvrant son capital. Cela leur garanti ainsi une place au sein de son conseil d’administration. Au-delà du développement d’un produit selon des logiques différentes, il y a différents obstacles. Les plus notables auxquels la société a dû faire face pour développer et commercialiser sa machine sont les difficultés à assurer un sourcing local répondant au cahier des charges (le tout à des coûts supportables) et le scepticisme de certains fournisseurs. Une autre difficulté rencontrée résulte de l’originalité de cette démarche. Cela provoque un isolement et des difficultés à trouver des acteurs partageant ces valeurs. Cela malgré un accompagnement des pouvoirs publics et d’un industriel.

Malgré ces difficultés, Kippit maintient son cap et continue à développer son activité industrielle autour de l’open source. Elle souhaite mettre en place des unités locales de production-vente-réparation maillant l’ensemble du territoire français. De plus, elle travaille avec sa communauté à l’émergence de modèles économiques différents. Ces modèles reposent, par exemple, sur la location longue durée et le partage de l’usage de la machine à laver.

EXPERTS
Gabriel COLLETIS, professeur agrégé de sciences économiques, université Toulouse-I. Audrey LE BARS, directrice de projet Territoire d’industrie, Lacq-Pau-Tarbes. Dorothée KOHLER, consultante et coach, fondatrice et directrice générale. Kohler C &C, Jean-Daniel WEISZ, consultant associé Kohler C&C. Jean-Michel SÉGNERÉ, président Groupe Ségneré. Jacques RAVINET, directeur société Kippit.

PILOTES
Sylvain ALASSET et Damien FIORELLA, Agence de Toulouse (AUAT). Basile MARTINEAU et Hélène RASNEUR, Agence de Rennes (Audiar). François RIVOAL, Agence de Brest (Adeupa). Guillaume CHEREL,Quimper Cornouaille Développement.

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